PARCOURS ARTISTIQUE
Le travail artistique de Camille Mutel prend appui sur une pratique et une connaissance fine de la culture japonaise. Son rapport au temps, à l'espace, aux objets, aux gestes, aux jauges intimes, à la place du public et à la circulation du vivant ne peut se dissocier de ses divers apprentissages et expériences traversées lors de nombreuses résidences et collaborations artistiques au Japon depuis 2001. Ces savoirs sont mis au service d'une écriture chorégraphique exigeante, résultat de longs processus de pratique et de recherche du mouvement dansé. Les pièces sont composées en collaboration étroite avec les territoires, les artistes, les habitant·es et certaines structures engagées et complices.
2004 - 2012
Seule en scène, la danse comme expérience du corps obscur
Vestale / Le saut de Kali / Symphonie pour une dissolution / Effraction de l'oubli / Etna ! / Nu(e)muet
Lauréate Aerowaves 2011 ·
Artiste associée à Mains d'oeuvre, Saint Ouen (2010 - 2013) ·
Fortement imprégnée par son parcours de danseuse butoh, l'artiste propose des pièces qu'elle interprète pour la plupart en solo ou accompagnée par un·e musicien·ne. Le corps est nu — tel une page blanche — abstrait — la plupart du temps sans visage ni sexuation. Il se révèle tour à tour animal, minéral ou végétal, en constante recherche d'individuation. Les pièces puisent leurs références du côté des mythes chthoniens (Eurydice, le faune, la pieuvre d'Hokusai, Kali). Il y est toujours question de naissance ou renaissance. Le lien à la mort, à l'obscur et à la transformation est au cœur du récit. Le spectateur est convié à expérimenter quelque chose de l'intériorité du corps.
« Jamais absconse, toujours parfaitement maîtrisée, cette expressivité corporelle à la fois captive et libère (...). Remarquable. »
Éric Demey in Mouvement, 2011
2013 - 2018
Du double à l'autre
Soror / Go, go, go said the bird (human kind cannot bear reality) / Animaux de béance
Artiste Associée au CCAM scène nationale de Vandoeuvre les Nancy (2012 - 2015) ·
Villa Hors les Murs au Japon (2014) ·
Lauréate de Beppu project, Japon (2014) ·
Artiste complice du Manège, Scène nationale de Reims (2017) ·
A partir de 2013, d'autres interprètes entrent en scène. Il s'agit tout d'abord d'interroger le double avec la danseuse italienne Alessandra Cristiani puis avec la chanteuse Isabelle Duthoit. Toutes deux puisent leur savoir dans une culture japonaise proche de la pratique de la chorégraphe. En 2015, elle décide de rompre avec cette transmission en collaborant avec le danseur Philippe Chosson et le chanteur Mathieu Jedrazak qui n'ont aucun lien avec cette pratique des origines. Son écriture opère un virage radical : les gestes ordinaires, chorégraphiés avec une grande minutie, se substituent peu à peu à “la révolte de la chair”. Sexualité, folie, cris trouvent un langage novateur du côté du geste figuratif. La ligne d'écriture, plus simple d'accès et d'apparence plus banale, lui permet un accès direct à l'inquiétante étrangeté de l'ici et maintenant.
« La confrontation entre ces images et le raffinement extrême du geste chorégraphique semble mieux faire surgir les spasmes venus du rien, venus du creux, du pli. »
Marianne de Douhet in Io gazette, 2018
2019 - 2026
La place de l'autre
Not I / Pourtant chacun tue ce qu'il aime / Terramation
Lauréate de la Villa Kujoyama, 2019 ·
Aide à l'écriture de la Fondation Beaumarchais, 2019 ·
Aide à la recherche en art du geste DGCA, 2020 ·
Temps fort Jeunes Créateurs - Théâtre de la Ville, 2022 ·
En 2019, elle se lance dans l'écriture d'une trilogie intitulée La place de l'autre. Elle prend appui sur la structure de la cérémonie de thé japonaise pour développer trois pièces consécutives dans lesquelles le culinaire fait son apparition. Les objets s'affirment comme partenaires du geste et éléments déterminants de la dramaturgie (couteau, ossements, cendres). Elle reçoit des soutiens marqués pour la recherche en danse (DGCA, SACD) et approfondit la notion du rituel dans la danse et la performance. En collaboration avec le maître de thé Dairik Amae, de la photographe Katherine Longly, de la designer culinaire Céline Pelcé, des danseurs Philippe Chosson et Kerem Gelebek, elle part à la rencontre des habitant·es qui deviennent partie prenante des créations. Chasse à l'affut, pêche à la mouche, embaumement des morts, la création est le résultat d'un long processus qui s'inscrit désormais dans un paysage social et/ou un territoire circonscrit (Vallée de la Seille, les cimetières en compagnie du Collectif des morts de la rue).
« En dix ans, Camille Mutel a opéré une complète révolution sur elle-même. Son langage, pour lequel le mot chorégraphie semble trop étroit, explore constamment de nouveaux territoires. Privilégiant les petites formes et la proximité avec le public, elle crée un véritable théâtre poétique, où images et récits se soumettent à un souffle sensible et radical. Chaque émotion se recompose au rythme de gestes imperceptibles. »
Stéphane Boudin-Lestienne in Artpress, 2020
2027 - 2029
Les gestes Inouïs*
*Le mot “inouï” est emprunté au philosophe François Jullien. Ce qui est inouï nous renvoie à notre incapacité à percevoir l'existence au coeur de l'ordinaire et du banal.
Lauréate des Résidences vertes, 2026 - 2027 ·
Musée de la chasse et de la nature, 2027 ·
Revenant sur le thème de la mise à mort animale, Camille Mutel, accompagnée par la DGCA sur les résidences vertes enregistre à partir de l'automne 2026 des témoignages paysans. Elle entend articuler son écriture chorégraphique avec le champ documentaire. Elle cherche à relayer la parole paysanne pour donner plus de force et d'ancrage aux gestes qu'elle déploie. L'ensemble des performances est désormais pensé depuis, avec et pour la ruralité – tout en restant compatible et en cohérence avec une diffusion en salle.
Elle invite l'anthropologue Charles Stepanoff et l'ingénieure agronome Margaux Thévenin pour réfléchir à la notion de rituel rural.
Tables rondes, performances, podcast, ces recherches appliquées se déclineront sous différents formats impliquant notamment le danseur Kerem Gelebek et la designer culinaire Céline Pelcé.
